Entretien de Nicolas Ratsiborinsky, Ambassadeur Extraordinaire et Plénipotentiaire au Cameroun de la Fédération de Russie.

Il y a deux ans, le Cameroun et la Russie ont célébré le cinquantenaire de leurs relations diplomatiques. Comment se porte cette vieille relation et quels sont aujourd’hui les axes majeurs de la coopération bilatérale entre Yaoundé et Moscou ?
La Fédération de Russie et le Cameroun ont effectivement célébré, il y a deux ans, le cinquantenaire de leurs relations diplomatiques. Je me réjouis en tant qu’ambassadeur de mon pays ici à Yaoundé, de constater que cette vieille relation diplomatique se renforce et se développe chaque jour davantage. C’est un grand plaisir de remarquer que le dialogue, et les contacts entre nos deux gouvernements se sont beaucoup intensifiés. Au cours des dernières années, nous avons reçu à trois reprises à Moscou, votre ministre des Relations extérieures. Les autres ministres - et dans certains cas il s’agissait d’une première dans l’histoire de nos relations - je fait référence au ministre délégué à la présidence de la République chargé de la Défense (Mindef), au ministre de l’Economie, de la Planification et de l’Aménagement du territoire (Minepat), à celui de l’Administration territoriale et de la Décentralisation (Minatd), et au ministre de la Justice, ont visité mon pays dans le cadre du dialogue entre les deux Etats. Et nous avons signé des accords intergouvernementaux. Donc vous voyez, le dialogue politique entre nos deux pays se renforce.
Moscou a été un allié important des pays africains dans la quête de leur indépendance. Qu’est ce qui explique qu’avec un tel crédit historique, que la Fédération de Russie ne soit pas autant présente sur le continent qu’un pays comme la Chine ?
C’est vrai que l’Union soviétique a pris une part active dans la libération des peuples africains du joug de la colonisation. A l’époque, nous avons offert une énorme assistance dans le domaine de l’industrialisation des pays africains, de création de leur défense. Nombre d’usines ou d’entreprises ont été créées ou construites avec l’assistance de mon pays à l’époque. Mais il ne faut pas oublier que les années 90, ont été pour la Russie une période assez dramatique. Nous avons dû changer notre système économique et politique. Les réformes appliquées à l’époque, dans un certain sens, ont été mal calculées. Ce qui a créé des difficultés dans mon pays, aussi bien sur le plan politique, économique, que social. Je pourrais dire que quasiment toute la décennie après le démentiellement de l’Union soviétique, la Russie s’est concentrée à la résolution de ses problèmes internes, à la reconstruction de son système politique et économique. Pourquoi la Russie n’est pas aujourd’hui aussi présente sur le continent africain que la Chine par exemple ? Je vous réponds en disant que nous sommes dans des situations différentes. Et les stratégies et les intérêts ne sont pas les mêmes. Si pour la Chine, il s’agit d’exporter ses produits, ses capitaux et d’élargir son marché à travers le globe, pour la Russie, le but n’est pas aussi ambitieux. Pour nous l’échange, la balance commerciale est plus important que l’extension des marchés. L’Afrique n’est cependant pas ignorée par Moscou. Nous faisons des efforts authentiques pour élargir notre coopération, mais aussi nos liens économiques et financiers.
Le Cameroun est engagé dans une guerre contre le terrorisme et le Président Paul Biya a cité la Russie au rang de ses alliés. Au-delà de ce soutien russe, l’on sait que Moscow se propose d’être le partenaire de Yaoundé dans l’optique de la modernisation de sa défense. Ce dossier avance ? Et en quoi consiste t-il ?
Je dois d’abord vous dire que mon pays est très sensible à la situation du Cameroun qui est confronté à des menaces criminelles à sa frontière Est du fait de la déstabilisation de la République centrafricaine, et qui est également entré en guerre contre les terroristes de Boko Haram dans l’Extrême-Nord. Votre pays a dû accueillir sur son sol des milliers de refugiés et de déplacés internes. Le gouvernement de mon pays a répondu à l’appel lancé par votre Premier ministre, Philemon Yang, et a offert une importante assistance. Je dois d’ailleurs vous dire que l’année dernière, la Russie était le plus grand donateur en matière d’assistance humanitaire aux refugiés. Nous avons offert plus de 97 containeurs de produits alimentaires : de la farine, de l’huile de tournesol. Nous avons offert des purificateurs puissants d’eau, des générateurs électriques, des machines pour les sapeurs-pompiers, des tentes, des microbus pour les sauvetages, et divers autres équipements. En ce qui concerne votre question relative à la modernisation de l’armée camerounaise, je dois vous avouer qu’il s’agit d’un message de votre chef d’Etat, S.E. Paul Biya ; un message transmis il y a trois sans par votre Minrex, Pierre Moukoko Mbonjo (à l’époque). En réponse, Moscou s’est dit ouvert et disposé à entrer dans une coopération dans ce domaine avec votre pays pour vraiment moderniser son armée. Et cela correspond à la philosophie de votre chef d’Etat qui considère que sans la sécurité, il n’y a pas de développement. C’est une stratégie de long terme et la Russie a répondu positivement. Maintenant, comment ce dossier avance ? Immédiatement après ce premier signal, votre pays a installé un attaché militaire à Moscou qui est l’acteur principal dans ce dossier. A vrai dire, je n’ai pas plus amples informations à vous donner sur le sujet, si ce n’est que nous suivons son développement. Mais je peux vous dire que ce dossier avance bien. Vos experts en la matière au cours des rencontres avec les représentants russes, ont exprimé leurs attentes ou besoins pour que la stratégie de votre Président se concrétise. Je peux vous dire que les agréments sur la formation de vos militaires dans des universités militaires russes ont été signés, de même que ceux sur les équipements technico-militaires. Les premiers officiers camerounais sont déjà dans les universités mentionnées. Il y a aussi des formations courtes qui sont offertes à Moscou à des éléments de votre armée.
La Russie c’est quand même la première puissance nucléaire au monde, la deuxième armée mondiale. On imagine que les équipements militaires dont ont parle ne sont pas des reliques de l’Urss…
Pas du tout. Nous parlons des équipements militaires sophistiqués et de dernière génération. Et leur utilisation nécessite une bonne formation des personnels militaires ainsi que de bons entrainements. Parce que le plus compliqué lorsqu’on dispose de ces armements et équipements militaires, c’est de disposer des personnels qui ont de hautes qualifications pour s’en servir si nécessaire.
L’on a également appris que les deux Etats discutent au sujet de l’avènement d’un forum économique Russie-Cameroun. Quels en seraient les enjeux concrets?
Nous discutons beaucoup économie dans le cadre de nos relations. Il y a déjà des entreprises russes qui apparaissent dans l’horizon camerounais et qui sont déjà engagées dans certains projets comme la construction des oléoducs Douala-Yaoundé-Edéa-Limbé aux cotés d’un consortium international. Une société russe prépare le terrain dans la participation à la construction du port maritime de Limbe. Nous sommes très intéressés par la construction de la raffinerie de Kribi. Mais ce n’est pas encore le flux économique que nous souhaitons. Pour accélérer la coopération économique entre nos deux pays, nous planifions les journées économiques du Cameroun à Moscou. Elles auront lieu du 27 au 30 juin. La délégation camerounaise sera conduite par le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana. Il y a aura également dans vos rangs, le président de la Chambre du commerce et de l’industrie, mon ami Christophe Ekeng. Mais aussi des hommes d’affaires qui vont rencontrer à Moscou leurs homologues russes, des banquiers russes, des capitaines des grandes sociétés russes. Il s’agira des rencontres directes et nous espérons qu’à l’issue de celles-ci, nous verrons émerger des projets concrets.
La Russie est l’un des pays qui compte le plus de milliardaires et le Cameroun en quête de financements massifs vient d’organiser un forum où il a exposé ses nombreuses et diverses potentialités pour attirer des investisseurs. Pourquoi les hommes d’affaires russes ne viennent pas au Cameroun ?
Je dois dire qu’il y a encore des problèmes de communication. Je vous ai parlé de nos difficultés dans les années 90. Et vous pouvez imaginer que c’est une nouvelle génération d’hommes d’affaires qui est opérationnelle aujourd’hui en Russie. Et pour ces derniers, l’Afrique est encore une terre inconnue. Il y a eu en quelque sorte une interruption entre l’expérience des hommes de l’Union soviétique et les nouveaux capitaines des industries et de la finance de la Russie. Vous savez que nous vivions dans une atmosphère de crise internationale et que la Russie est devenue une victime des sanctions illégales de la part de nos partenaires occidentaux sur la base de nos discussions politiques. Ces sanctions économiques contre mon pays, ont eu un effet positif puisqu’elles ont réveillé les élites et économistes russes. Nous avons donc élaboré des stratégies de modernisation de l’économie russe. En deux ans, nous avons eu une extraordinaire croissance de notre agriculture. Nous sommes devenus de grands exportateurs de blé, de viande, etc… Mais les industries russes nécessitent une véritable modernisation avec des équipements véritablement uniques et d’avant-garde. Et les financements russes ont été réorientés pour des investissement dans tous ces programmes nationaux et dans les économies des pays voisins, notamment des anciens membres de l’Urss. Et pourtant, lorsque nous discutons des perspectives de développement des relations entre la Russie et le Cameroun dans différents domaines (militaire, économique et commercial), les banques russes montrent leur capacité et leur intérêt à soutenir ce développement par des crédits et des investissements financiers, s’il s’agit de grands projets industriels. C’est pourquoi, je suis très optimiste quand au développement de la coopération économique entre nos deux pays.
Ce forum peut-il doper le volume (pas très élevé) des échanges commerciaux entre le Cameroun et la Russie ?
C’est vrai que le volume des échanges commerciaux entre la Russie et le Cameroun est vraiment très bas. Il tourne entre 50 et 60 millions de dollars. Ce n’est pas beaucoup. Mais nous avons les capacités et le potentiel pour augmenter le volume de ces échanges commerciaux. La Russie pourrait être un bon exportateur des équipements et des machines pour les industries camerounaises, la construction des routes, le transport, l’équipement électrique, etc… La Russie est un grand consommateur de café, de cacao, des fruits tropicaux (bananes, oranges, papayes, mangues, etc…) et le Cameroun pourrait considérer notre pays comme un bon marché.
Que pense le partenaire russe des accords de partenariat économique entre le Cameroun et l’Union européenne ?
Je dois d’abord vous dire que dans le cadre de la guerre des sanctions économiques décidée par nos partenaires occidentaux, nous avons bloqué nos importations de produits alimentaires (fruits, légumes, etc…) en provenance de ces pays. Nous importons les mêmes produits d’Israël, du Brésil, du Maroc, et d’autres pays de l’Afrique du Nord. Pourquoi pas du Cameroun ? Je suppose que l’Ape ne va pas créer quelques obstacles au développement des liens entre la Russie et les partenaires européens. Le Cameroun est un pays souverain et il lui appartient de décider quel accord et avec qui il veut le signer et comment cela correspond à sa stratégie d’émergence. Je peux tout de même exposer ma vision primitive des choses et dire que je sais que cet accord va libérer les partenaires de quelques obstacles douaniers. Les pays européens sont très avancés industriellement et je suppose qu’ils ont nombre de choses à exporter au Cameroun. La première question c’est de savoir si en retour, les exportations du Cameroun en fruits, en matières premières, etc…seront à la hauteur des importations ou à l’entrée des produits européens sur le marché camerounais ? La deuxième question c’est de savoir si le Cameroun voudrait rester pendant des décennies encore comme un exportateur des bananes, cacao, café, etc… N’a-t-il pas d’ambitions d’industrialisation ou quoi ? Il ne s’agit là que des questions d’un lointain observateur de la chose. Je pourrais encore me permettre de poser une question à la lumière de l’expérience de l’Ukraine. Quel était le problème ? L’Ukraine et l’Union européenne voulaient signer un accord pareil. Les partenaires de l’Ukraine (La Russie, la Biélorussie, le Kazakhstan) qui n’avaient pas de frontières douanières avec l’Ukraine ont été mis devant le fait accompli. Ils devaient donc protéger leurs marchés, ils devaient fermer leurs frontières avec l’Ukraine pour contrôler le mouvement des biens exportés et réexportés après librement, sans limites, par l’Union européenne, à travers l’Ukraine dans les marchés de la Russie, du Kazakhstan. A l’époque, nous avons informé le président Viktor Yanukovych en lui disant : « vous pouvez signer cet accord, mais il faut savoir qu’après les frontières seront fermées ». C’est quand les Ukrainiens ont calculé ce qu’ils allaient gagner et ce qu’ils risquaient de perdre, que Monsieur Yanukovyck a commencé à hésiter. Et la chaine des évènements que nous connaissons, ont commencée. A ma connaissance, le Cameroun est le seul pays en Afrique centrale, en tout cas de l’Union douanière de l’Afrique centrale, à avoir signé cet accord. C’est pourquoi je me demande s’il n’y aura pas quelques problèmes avec les autres partenaires de la sous-région. Cela dit, je réitère qu’il s’agit d’une décision d’un Etat souverain, que nous respectons.
Fin mars dernier vous échangiez avec des étudiants de l’Iric et vous indiquiez à l’occasion le souhait de votre pays de devenir le partenaire stratégique du Cameroun dans le secteur minier. Pourquoi un tel intérêt et que gagnerait le Cameroun dans ce partenariat ?
Vous savez que nous avons en Russie une très grande école de géologie. Une des sociétés russes œuvrant dans ce domaine est déjà entrée en contact avec votre société nationale des hydrocarbures (Snh) qui est intéressée par des technologies originales et très avancées développées en Russie. Par exemple, nous pourrions scanner en infrarouge, par avion la structure du sol camerounais en trois dimensions (3D) sur une profondeur de presque 10 kilomètres. On pourrait ainsi voir les zones qui abritent des réserves d’eau, de pétrole, d’or, de gaz, etc… Nous avons discuté de cette matière avec la Snh, et nous espérons que cela débouchera sur une coopération solide entre nos deux pays sur le plan de l’exploration des ressources naturelles ou minières du Cameroun. Nous sommes également disposés à apporter notre appui à votre gouvernement, si d’aventure celui-ci voulait constituer une réserve nationale d’or pour garantir, le cas échéant, la stabilité de sa monnaie nationale. Nous avons des entreprises qui ont beaucoup d’expérience dans ce domaine.
Au cours de cette rencontre avec les étudiants de l’Iric, vous évoquiez également une technologie qui permettrait à partir des côtes africaines, et donc camerounaises, de fournir de l’eau potable et de l’électricité aux populations…
Nous avons commencé à développer la technologie de la centrale nucléaire flottante basée sur des bateaux. C’est une piste de solution pour fournir de l’électricité à nombre de villes situées à proximité des mers. Si vous observez l’Afrique, vous remarquerez qu’environ 80 % des capitales africaines sont dans cette configuration. Certaines de ces villes africaines qui abritent beaucoup d’industries ont naturellement besoin d’importantes quantités d’énergie électrique pour faire fonctionner les usines. Nous avons commencé à construire ces bateaux. Dans un premier temps, ce sont les villes de la Russie arctique qui reçoivent cette énergie électrique produite à partir des centrales nucléaires flottantes. C’est une technologie écologique. Ces stations sont également capables de déstaliniser l’eau. Ce qui permet de fournir aussi de l’eau potable aux populations.
Sachant que les centres culturels sont des instruments de la diplomatie populaire et que la Russie est une géo puissance qui a des intérêts dans quasiment tous les points stratégiques du monde, qu’est ce qui explique qu’il n’y ait aucun espace culturel russe au Cameroun ?
Avec l’extension des échanges commerciaux et économiques entre la Russie et le Cameroun, nous aurons naturellement un centre culturel russe au Cameroun et un centre culturel camerounais en Russie. Je dois tout de même mentionner que des membres de la communauté russe au Cameroun ont entrepris - avec l’appui de l’ambassade et du gouvernement russe - d’implanter des écoles au Cameroun. Nous avons commencé par une petite école à Douala pour les couples mixtes (russes et camerounais). Il est également planifié la construction d’une école pour 500 élèves à Douala, avec une orientation linguistique et culturelle russe. Les mêmes intentions existent concernant Yaoundé. Vous savez qu’il y a deux ans, il a été créé un centre des affaires russes qui a commencé à développer le projet de création des écoles russes à Yaoundé.
Votre pays a déjà et continue de former de nombreux Camerounais dans divers domaines notamment la médecine, mais le label du diplôme russe semble toujours souffrir de quelques préjugés négatifs alors que votre pays a ratifié la convention de Bologne. Qu’est-ce qui fait problème ?
Je pourrais dire que c’est la concurrence. Mais je dois vous rappeler que si l’on s’en tient aux observations et conclusions des institutions de réputation mondiale qui classent les universités, les institutions russes figurent parmi les 100 premières universités au monde. C’est le cas de l’université de Moscou, de Saint Petersburg, l’institut physico technique moscovite. Il est bien connu que les ingénieurs et techniciens russes sont hautement qualifiés. Ceux-ci sont très demandés à travers le monde et sont souvent en concurrence avec les cadres américains, européens, etc… vous ne pouvez pas apprécier la qualité de nos ingénieurs sans appréciez le système académique qui les forment. C’est une contradiction, un curieux paradoxe que de dire que les ingénieurs et cadres russes sont hautement qualifiés mais en même temps, insinuer que l’université russe serait médiocre. Il y a peut-être un déficit de marketing de notre part.
Dans l’imagerie populaire, la Russie est perçue comme une terre de xénophobie surtout envers les Noirs. C’est une vue de l’esprit, ou un grossissement du trait ?
Il y a un peu d’exagération. Mais je dois être honnête. Vous dites xénophobie particulièrement à l’endroit des Noirs. Ce n’est pas tout à fait la réalité. Je connais un seul cas qui date de 2005 ou 2006, où un étudiant sénégalais a été tué à Saint-Pétersbourg. Ce cas criminel a fait l’objet d’une longue investigation judiciaire qui a duré trois ou quatre ans. La justice a établi qu’il s’agissait d’une organisation de jeunes radicaux avec une idéologie fasciste et ultra nationaliste. Les cas de xénophobie avec des ressortissants africains ou asiatiques ont malheureusement été recensé ici et là. Nous connaissons les racines de ce mal qui apparait ici et là. Ce sont des organisations illégales, des radicaux, des ultra chauvinistes nationaux. Nous comprenons les raisons socio-économiques d’apparition de tels phénomènes négatifs au sein de la société russe. Mais c’est le même phénomène qui a nourri l’apparition des djihadistes qui ont créé l’Etat islamique. Ce sont des forces radicales mais pas des organisations qui ont une idéologie raciste. Ils sont hostiles à tout ce qui n’est pas russe. Permettez-moi de faire une précision linguistique à ce niveau. Pour la langue française ou anglaise, le mot patriote est synonyme de nationaliste. Pour les russes, le patriote c’est celui qui aime sa culture, son histoire, son pays tout en étant ouvert aux autres. Alors que le nationaliste pour les Russes, c’est celui qui déteste tout ce qui n’appartient pas à sa Nation. Donc nationaliste a pour nous une connotation péjorative, négative. La xénophobie est un phénomène marginal en Russie. Chaque fois qu’un cas est porté à la connaissance des autorités judiciaires, la sanction est exemplaire. Je dois mentionner que la maman de l’étudiant sénégalais assassiné a été invitée par le gouvernement russe à assister au verdict du tribunal à Saint-Pétersbourg. Et ce cas a fait l’objet d’excuses de la Russie adressées au président sénégalais, Abdoulaye Wade à l’époque.
A quand une rencontre au sommet entre les chefs d’Etat camerounais et russe ?
Je dois dire que ce que nous faisons, c’est d’intensifier le dialogue politique entre les deux pays. C’est vrai qu’il va se poser à un moment donné la question d’une rencontre au sommet entre les deux chefs d’Etat. Nous espérons que cette phase arrivera bientôt.
Comment voyez-vous l’avenir des relations entre la Russie et le Cameroun en particulier, dans ce contexte concurrentiel (avec la Chine, la Turquie, le Brésil, l’Inde, les Etats-Unis, le Royaume Uni, la France, etc…).
Vous avez fait allusion à une concurrence. La Russie ne cherche pas à être un connurent de ces pays. L’Afrique est un continent qui regorge d’énormes potentialités. Nous nous positionnons comme un partenaire additionnel de l’Afrique qui doit avoir de multiples partenaires pour des raisons de souveraineté. Lorsque vous avez la possibilité de choisir, vous êtes souverain, mais si vous n’avez pas cette possibilité, vous perdez votre souveraineté. La Russie aspire à être un partenaire crédible et loyal parmi d’autres partenaires du Cameroun.
Entretien mené par Yanick Yemga